Cleuson-Dixence : 1,3 Milliard de Francs, Trois Records du Monde, et une Rupture Catastrophique en 2000
Le complexe hydroélectrique Cleuson-Dixence, inauguré en 1998 dans le canton du Valais, cumule trois records mondiaux à son ouverture : plus grande chute d’eau exploitée (1 883 mètres), turbines Pelton les plus puissantes (423 MW chacune), puissance par pôle d’alternateur la plus élevée. Le 12 décembre 2000, une rupture de son puits blindé souterrain cause trois morts et 9 ans d’arrêt. Ce dossier retrace les faits.
Le contexte technique
Le complexe Cleuson-Dixence est construit entre 1993 et 1998 par Énergie Ouest Suisse (EOS, aujourd’hui Alpiq) pour exploiter le potentiel hydro-électrique entre le lac de Cleuson (2 186 m d’altitude) et la centrale souterraine de Bieudron (330 m d’altitude), dans la commune de Nendaz. La chute d’eau de 1 883 mètres entre le lac et la centrale est la plus grande jamais exploitée dans le monde pour la production électrique.
Le puits blindé — une conduite forcée de 4,3 kilomètres de long et 3,5 mètres de diamètre, entièrement enterrée dans la montagne — achemine l’eau du lac de Cleuson vers la centrale souterraine de Bieudron. Trois turbines Pelton de 423 MW chacune turbinent l’eau à son arrivée. En configuration pleine puissance, le complexe peut injecter 1 269 MW dans le réseau — une puissance comparable à celle d’une centrale nucléaire de taille moyenne. Le coût de construction s’élève à 1,3 milliard de francs suisses. Le complexe est inauguré en présence de représentants des 18 cantons actionnaires.
Les premiers signes (1999)
Moins d’un an après l’inauguration, les ingénieurs détectent des microfissures sur les soudures du puits blindé. En février 2000, le complexe est arrêté pour réparation : une cinquantaine de fissures sont colmatées. L’expertise judiciaire qui sera conduite après la catastrophe conclura que le puits blindé était « rompu et gangrené » dès l’été 1999, moins d’un an après l’inauguration. Malgré ces signaux, le complexe est remis en eau en août 2000, avant que les causes des fissures ne soient complètement comprises.
La catastrophe du 12 décembre 2000
Le 12 décembre 2000, à la suite d’une nouvelle défaillance du puits blindé, 50 000 m³ d’eau s’échappent du sol en surface, à travers une fissure de 9 mètres de large sur 60 centimètres de profondeur, dans les champs au-dessus du village de Fey. Le geyser detruit plus de 100 hectares. Trois ouvriers présents dans les galeries souterraines au moment de l’accident sont tués. L’installation est stoppée d’urgence.
L’enquête et le procès
Une expertise judiciaire est mandatée. Elle identifie la cause de la rupture : un défaut de soudure dans la construction du puits blindé, attribuable à des fautes dans le processus de fabrication et de contrôle qualité chez le fabricant Giovanola. L’expertise retient que la pression exercée pour la remise en exploitation rapide après les premières fissures de 1999-2000 a empêché une analyse suffisamment approfondie des causes.
Un procès pénal s’ensuit. Des responsables du fabricant et du maître d’ouvrage sont mis en cause pour homicide par négligence. Les familles des trois victimes reçoivent des indemnisations. Les détails des condamnations pénales sont documentés dans les archives judiciaires valaisannes.
La reconstruction
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Chute d’eau | 1 883 m (record mondial) |
| Longueur puits blindé | 4,3 km |
| Diamètre puits blindé | 3,5 m |
| Puissance unitaire turbines | 3 × 423 MW |
| Puissance totale | 1 269 MW |
| Coût de construction | 1,3 milliard CHF |
| Inauguration | 1998 |
| Catastrophe | 12 décembre 2000 — 3 morts |
| Volume libéré | 50 000 m³ |
| Coût de reconstruction | ~365 millions CHF |
| Remise en service | 2009 |
Le puits blindé défectueux est entièrement reconstruit. Le coût de la reconstruction est estimé à environ 365 millions de francs suisses, supporté par le fabricant et les assurances. Le complexe est remis en service en 2009, neuf ans après la catastrophe.
Aujourd’hui
Le complexe Cleuson-Dixence est en exploitation depuis 2009, géré par Alpiq. Il produit de l’électricité de pointe — fonctionnant principalement aux heures de forte demande, quand le prix de l’électricité est le plus élevé. Le lac de Cleuson est rempli chaque été par la fonte des neiges et des glaciers environnants. La diminution progressive des glaciers en raison du réchauffement climatique fait l’objet de modélisations pour évaluer l’impact à long terme sur la disponibilité de l’eau.
Pour aller plus loin
Sources
- Alpiq / Grande Dixence SA. Documentation technique Cleuson-Dixence. alpiq.com
- RTS Archives. « Cleuson-Dixence : la catastrophe ». 12 décembre 2000. rts.ch
- Le Nouvelliste. « 25 ans après la rupture du puits blindé de Cleuson-Dixence ». 2025.
- Comité Suisse des Barrages. Données techniques. swissdams.ch