Le Mix Énergétique Suisse : 30 Grammes de CO₂ par Kilowattheure et une Sortie du Nucléaire Programmée

Le mix électrique suisse produit environ 30 grammes de dioxyde de carbone par kilowattheure — l’un des plus bas d’Europe — grâce à une combinaison de production hydroélectrique (60 % de la production annuelle) et nucléaire (environ 30 %). La sortie du nucléaire décidée après Fukushima et les défis de la transition énergétique constituent les enjeux centraux de la politique énergétique suisse des années 2020-2050.

La structure du mix électrique suisse

L’électricité consommée en Suisse provient principalement de deux sources domestiques. L’hydroélectricité — barrages et centrales au fil de l’eau — assure environ 60 % de la production annuelle, avec des variations saisonnières importantes : production maximale en été (fonte des neiges) et minimale en hiver (réservoirs bas, faible débit). Le nucléaire — quatre centrales encore en exploitation en 2026 : Beznau 1 et 2 (AG), Gösgen (SO) et Leibstadt (AG) — assure environ 30 % de la production, avec l’avantage d’une production stable indépendante des conditions météorologiques.

Les énergies solaire, éolienne et biomasse représentent une part croissante mais encore minoritaire de la production totale. La Suisse est aussi un pays importateur et exportateur d’électricité selon les saisons : exportatrice en été (surplus hydroélectrique), importatrice en hiver (déficit de production par rapport à la consommation).

L’intensité carbone du mix

La faible intensité carbone du mix électrique suisse — environ 30 grammes de dioxyde de carbone par kilowattheure — résulte directement de la prédominance de deux sources sans émissions directes : l’hydraulique et le nucléaire. À titre de comparaison, la moyenne européenne se situe autour de 250 à 300 grammes par kilowattheure, avec de fortes disparités selon les pays. L’Allemagne, qui a combiné sortie du nucléaire et développement des renouvelables tout en maintenant une part importante de charbon, affiche une intensité carbone significativement plus élevée.

La sortie du nucléaire

À la suite de l’accident de Fukushima Daiichi au Japon en mars 2011, le Conseil fédéral suisse décide en mai 2011 de ne pas construire de nouvelles centrales nucléaires et de laisser les centrales existantes fonctionner jusqu’à la fin de leur durée de vie technique, sans remplacement. Cette décision, confirmée par le Parlement et inscrite dans la Stratégie énergétique 2050, implique la fermeture progressive de l’ensemble du parc nucléaire suisse.

La centrale de Mühleberg (BE) est arrêtée le 20 décembre 2019. Beznau 1 et 2, Gösgen et Leibstadt doivent être arrêtées en fin de vie opérationnelle, selon des calendriers dépendant de leur état technique et des autorisations de l’IFSN (Inspection fédérale de la sécurité nucléaire). Les premières estimations situaient les arrêts entre 2029 et 2034, mais certaines centrales pourraient fonctionner plus longtemps si leurs conditions de sécurité le permettent.

Les défis de la transition

La sortie du nucléaire crée un double défi : combler le déficit de production hivernale (le nucléaire produit de manière stable toute l’année, là où l’hydraulique est saisonnière), et maintenir la faible intensité carbone du mix sans recourir massivement aux centrales thermiques fossiles. La Stratégie énergétique 2050 mise sur le développement massif du photovoltaïque, l’augmentation des capacités de pompage-turbinage (dont Nant de Drance, mis en service en 2022), l’amélioration de l’efficience énergétique des bâtiments et l’interconnexion avec les réseaux européens.

La loi fédérale sur un approvisionnement en électricité sûr reposant sur des énergies renouvelables, approuvée en votation populaire le 9 juin 2024, fixe les objectifs légaux de développement des énergies renouvelables et le cadre de la sortie du nucléaire.

Aujourd’hui

En 2026, la Suisse est dans la phase active de sa transition énergétique. Le développement du photovoltaïque connaît une accélération significative depuis 2022, sous l’effet des aides fédérales et de la hausse des prix de l’énergie. La question de l’approvisionnement en électricité en hiver — période de faible production hydraulique et solaire — reste l’enjeu central des débats énergétiques suisses, avec des discussions sur le rôle éventuel de nouvelles technologies (éolien alpin, géothermie, hydrogène vert) dans le mix futur.

Sources

  1. Office fédéral de l’énergie (OFEN). Statistiques globales de l’énergie en Suisse. Annuel. bfe.admin.ch
  2. Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN/ENSI). Rapports annuels de sécurité. ensi.ch
  3. Office fédéral de l’environnement (OFEV). Indicateur : intensité carbone de l’électricité. bafu.admin.ch
  4. Chancellerie fédérale. Résultats de la votation du 9 juin 2024 sur la loi sur l’électricité. admin.ch